Jacques Chirac, jeune loup, vieux lion et vrai gaulois

octobre 26, 2006

Le documentaire sur Jacques Chirac diffusé par France 2 était très intéressant. Plusieurs impressions :

– Jacques Chirac s’est fait tout seul, rien ne lui fût apporté sur un plateau. De sa circonscription en Corrèze réputée ingagnable, en passant par ses postes ministériels où il développe une énergie et une capacité de travail incroyable (combien en mai 68 aurait, par exemple, pris ses responsabilités dans les négociations complexes avec les syndicats?), jusqu’à son élection à la présidence de la République en 1995 et sa réelection en 2002, son parcours politique est en tout point remarquable.

– Pour la première fois un document sur Jacques Chirac appréhende sa vie politique dans son ensemble et non sur le strict point de vue d’un chroniqueur politique qui s’évertue à démontrer une facette particulière qui relève généralement de la psychologie plus que de l’analyse politique.

– Jacques Chirac est un redoutable homme politique, capable de décision, fidèle, déterminé mais jamais il n’apparaît comme le traître que l’on nous a souvent décrit. En quoi a-t-il trahi Jacques Chaban Delmas ? Pour trahir ne faut-il pas être un proche ce qu’il n’était pas ? Sa fidèlité et son attachement à Georges Pompidou était flagrante se démenant toujours à ses côtés (au moment même où De Gaulle avait rejoint l’Allemagne lors de mai 68). Quant à Valéry Giscard d’Estaing, celui-ci l’ayant suffisamment humilié, pour qu’il ne laisse pas de rendre la monnaie de sa pièce? Après, ce fût plutôt lui qui a été trahi (Pasqua, Balladur, Sarkozy).

– Jacques Chirac ressemble aux Français et les aime bien plus que les simili monarques que furent Giscard d’Estaing et Balladur, la comparaison est sans appel. Cette ressemblance permet d’ailleurs d’expliquer certains revirements à mettre davantage sur le compte d’un réel pragmatisme au service de l’efficacité sans pour autant y voir un reniement que d’aucuns voudraient voir comme blasphématoires…

Enfin Jacques Chirac est drôle, sympathique, sincère témoignant d’une grande empathie avec la France populaire et vraiment cela tranche avec les têtes tristes des personnalités politiques qu’on nous sert chaque jour en ce moment; après 2007 on est sûr de ne plus se marrer, à moins que…

Vraiment un bon moment!

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Les partisans du petit bonheur

octobre 23, 2006

La constitution française précise que les partis politiques concourent à l’expression du suffrage. Depuis les lois de financement des partis politiques la réciproque est aussi vraie : les suffrages concourent à l’existence des partis politiques.

Cette réciproque a son importance dès lors que se décide l’entrée en lice pour un parti d’un candidat à l’occasion de l’élection présidentielle. Rappelons que chaque voix en sa faveur, rapporte 1 euro 60 par an pendant 5 ans.

Cependant, si d’une certaine manière « voter finance les partis« , là ne réside pas toujours la seule motivation des partis à présenter son candidat. L’élection présidentielle est l’occasion pour les partis de bénéficier d’une véritable tribune médiatique pour se faire connaître dans la mesure où chaque candidat dispose d’un temps d’exposition médiatique équivalent.

Pour certains, une stratégie payante (au sens figuré) peut aussi être de ne pas présenter de candidat et négocier avec un autre parti une représentation au Parlement ou au sein d’un futur gouvernement.

Enfin, il y les « grands » partis qui, coûte que coûte, présentent un candidat qui fonde leur légitimité. Tout l’enjeu pour eux est de désigner ce candidat.

A partir de ces quatre « lois », il est possible de décrypter les stratégies choisies par les partis. Leur congrès qui se déroulent actuellement permet de mettre en scène leur position.

Prenons le cas du Parti Radical de Gauche. Ce parti qui compte 9 députés, tous « rattachés » au groupe socialiste de l’Assemblée nationale, a fait le choix ce week-end de ne pas présenter de candidat, préférant privilégier un accord avec le PS lors des législatives. Du coup, le PRG se fait en quelque sorte vassal du PS tout en se privant d’une présence médiatique importante. Cette même présence qui en 2002 avec Christiane Taubira lui permet aujourd’hui de négocier avec le PS. Qu’en sera-t-il dans cinq ans ?

Du côté du PCF, Marie-Georges Buffet réalise un véritable numéro d’équilibriste durant le week-end : Faire exister le PCF par une candidature (l’absence de candidat signifierait sa perte, déjà bien engagée avec ses 3,5% de 2002) et préserver les parlementaires du parti que seul un accord avec le PS pourrait permettre. D’où cette incompréhensible position qui consiste à dénoncer la vision social-libérale du PS pour occuper la gauche de la gauche tout en se montrant prêt à gouverner avec le PS s’il le faut pour sauver la vingtaine de députés PCF… C’est la mort dans l’urne annoncée !

Et ainsi de suite. Pour Lutte ouvrière et la Ligue communiste révolutionnaire pas question de se priver de la manne financière et de la tribune médiatique. Pour l’UDF, d’abord les finances et la tribune ensuite il sera toujours temps de négocier avec l’UMP…
 


UMP : Bande(s) à part

octobre 21, 2006

La visite de Nicolas Sarkozy aux Etats-Unis et la fameuse photo prise en compagnie de Georges W. Bush est-elle un tournant de la campagne présidentielle à l’Ump ?

Jusqu’à présent Nicolas Sarkozy s’était presque entièrement inspiré des campagnes électorales à l’américaine : personnalisation, segmentation de la société et marketing direct, omniprésence audiovisuelle, internet, etc.

Mais avec cette visite, il fait de cette connivence un argument de campagne, un élément de positionnement.

A ma connaissance, jamais un candidat à l’élection présidentielle ne s’était affiché à ce point aux côtés des USA avec, qui plus est, un Président américain n’ayant pas une très bonne presse en France.

Sans compter que dans la mystique gaulliste cette visite relève d’un crime de lèse-majesté qui donne de la consistance à la formule concernant l’élection présidentielle, « la rencontre entre un homme et le peuple ».

Du même coup, on peut se demander si cette opération n’ouvre pas deux brèches dans la stratégie de Nicolas Sarkozy. D’une part en libérant un véritable espace à François Bayrou au centre et d’autre part en autorisant une candidature « gaulliste » expliquant l’entrée en jeu de Michèle Alliot-Marie qui marque sa différence lors d’un déplacement au Etats-Unis à la portée symbolique très différente.

Sans oublier Dominique de Villepin qui jouit toujours de sa légitimité de Premier ministre comme en son temps un certain Edouard Balladur et, demeure toujours auréolé de son discours très gaulliste à l’ONU sur la guerre en Irak et de l’action positive de son Gouvernement notamment en matière d’emploi. Faut-il, pour lui, passer à une phase plus opérationnelle à l’approche de l’échéance présidentielle.

En rouvrant des espaces à droite, il s’avère bien que cette expédition américaine pour Nicolas Sarkozy à des faux airs de Fachoda dans l’opinion…


Candidate housewives (5)

octobre 18, 2006

L’heure du choix
Le PS organise trois débats thématiques retransmis sur les chaînes parlementaires (potentiellement accessible à tous) avec les trois postulants à l’investiture socialiste pour la présidentielle.
J’imagine que l’objectif affiché est de donner des raisons aux adhérents socialistes (seuls à s’exprimer pour le coup) de choisir leur postulant préféré.
Le premier débat a eu lieu hier soir et, des raisons de choisir il faut les chercher sur la forme plus que sur le fond. Après tout n’était-ce pas le but recherché par les trois protagonistes?
Toujours est-il que dans une ambiance et un décor de jeu télévisé chacun a fourbi son image. Ségolène Royal, tout de blanc vêtue, a symbolisé la pureté et la féminité c’est à dire le renouveau politique, tandis que Dominique Strauss-Khan et Laurent Fabius se sont présentés comme des hommes, jusque là rien d’étonnant, habillés normalement en costumes, c’est-à-dire en homme d’Etat. Le message est clair : Elle incarne la nouveauté, ils campent la fonction.
Pour le reste aucune aspérité, pas la moindre polémique ce qui compte est le bavardage autour de cette représentation afin de voir si les sondages frémissent.
La vie politique française est ainsi faite que le fond est réduit au statut de prétexte. Les adhérents socialistes en sont donc amenés à choisir le sexe et les tenues de leur futur candidat, c’est sans doute de la présidentielle-réalité!


Arlette Laguiller fait part de ses luttes ouvertes

octobre 17, 2006

Dans un entretien accordé au journal Le Figaro, Arlette Laguiller décrypte la situation à l’extrême gauche. Rien de tel qu’un apparatchik pour aider à y voir plus clair…

José Bové et Marie-Georges Buffet peuvent désormais remiser leur costume de scène présidentielle, il n’y aura visiblement pas de candidature unitaire à l’extrême gauche. Les intérêts matériels sont plus forts que le matérialisme dialectique…


Candidate housewives (4)

octobre 12, 2006

Une élection interne pour de la fausse

Ce devait être la chevauchée des Walkyries cela ressemble davantage à un concerto Brandebourgeois. On nous annonçait des primaires à l’américaine, avec son lot de modernité (sic!), apportant triomphalement devant les socialistes (adhérents, élus, sympathisants, électeurs, revanchards et communards) Le Candidat.

Et patatra!

Des débats si ternes que les médias s’en désintéressent. Et, si les médias s’en détournent c’est bien que ça n’intéresse pas l’audience, donc l’électeur.
En réalité les jeux sont déjà faits car chacun sait qu’une élection interne est tout sauf aléatoire, toutes les fédérations ont chacune déjà choisi leur héraut. C’est ce que traduisent les propos de François Hollande quand il dit qu’une « candidature s’est incontestablement dégagée » et qu’il annoncera la veille du scrutin interne, celui ou celle qu’il soutiendra afin d’éviter de donner l’impression de courir après la victoire.
Tout l’enjeu consiste désormais à faire croire qu’un débat a lieu alors que les trois candidats poursuivent séparément leur stratégie de communication pour la campagne d’après.


La blogosphère : Une autre politique est possible !

octobre 12, 2006

Les grands médias réservent une part toujours plus importante à la blogosphère (chroniques, soirées débat, plate-forme de blogs etc.). La blogosphère s’organise physiquement avec des événements comme la République des Blogs. Des personnalités politiques de premier plan ont assuré la promotion de l’outil en ouvrant leur propre blog (Dominique Strauss-Khan , Alain Juppé , Jean-Pierre Raffarin ) ainsi que des personnalités moins influentes (annuaire des blogs politiques ). Des militants ont ouvert des blogs sur leur personnalité préférée. Des bloggers dits « politiques » sont invités par les partis politiques à l’occasion de leurs grandes manifestations…
Assurément tous les ingrédients sont désormais réunis pour faire de la blogosphère un espace politique à part entière.
Cependant, le blog n’est-il pas devenu l’arme par excellence du faible contre le fort, du challenger contre le defender, d’une certaine manière une force contre les pesanteurs celles du politiquement correct?

En somme, un espace pour reprendre une formule de Stéphane Denis (écrivain et journaliste au Figaro) où « il n’est pas exclu que les idées s’expriment ».