Voyage autour de la présidentielle (5)

décembre 29, 2006

L’inscription sur les listes électorales

Le feuilleton de cette fin d’année est l’inscription de nouveaux électeurs sur les listes électorales.

La part belle est faite aux inscriptions, sans doute très symboliques, dans les « cités ». Si pour les médias le sujet permet de mobiliser de l’audience pour leur événement de l’année, après la coupe du monde de football de l’année dernière, pour Stéphane, Rachel, Quitterie, Olivier et Rémi cela provoque des réactions en forme, le plus souvent, d’auto persuasion.

Pour Stéphane, tous ces jeunes de banlieues qui « affluent » vers les mairies, est la traduction d’un ras le bol social et d’une « étatphobie » qui produit de l’exclusion. Dans l’esprit de Stéphane, il ne fait pas de doute que ces nouveaux électeurs porteront des bulletins de gauche et, leur révolte est telle, que l’extrême gauche se taillera la part du lion.

Pour Rachel, ces chiffres sont une excellente nouvelle. Il est vrai que Rachel est persuadée de l’influence de Royal sur ces inscriptions, à la fois par sa campagne sur le terrain (largement médiatisée lors d’une virée d’un jour avec le chanteur Cali) et par l’espoir qu’elle suscite. Inconsciement, comme Stéphane, elle considère évident que ces nouveaux électeurs seront favorables à la gauche selon une mécanique classique et assez simple : ce sont les exclus de la droite – couleur de peau et chômage élevé – qui naturellement penchent vers la gauche beaucoup plus tolérante, juste, accueillante etc. conformément à leur pétition de vertu.

Pour Quitterie, qui intellectualise davantage cette démarche d’inscription, ces inscriptions sont un signe d’intérêt pour la politique et donc un premier pas vers la démocratie et l’intégration. Sa naïveté traduit une incompréhension envers ces citoyens d’un genre à part.

Pour Olivier, il s’agit d’une véritable manipulation médiatique qui sert les intérêts électoraux de Royal. Implicitement, comme pour Stéphane et Rachel, il suppose que ces nouveaux électeurs voteront à gauche. Cependant, sensible aux images montrant son leader en compagnie des jeunes beurs d’Argenteuil, Olivier croit en une frange électorale de ces quartiers, dits difficiles, soucieuse d’un retour à l’ordre.

Enfin, Rémi tient un raisonnement positif à base de réaction dont l’effet est provoqué par la « propagande médiatique ». Cette propagande crée un réflexe de survie dans l’électorat français qui va se mobiliser autour de Le Pen.  Par ailleurs, il est fort probable que parmi les inscrits, il y ait des français plus modestes qui espèrent être « secourus » de leurs ilôts de non droit.

Ces impressions sont riches d’enseignements sur la psychologie des sympathisants des différents candidats. Tout d’abord, pour Sarkozy et Royal, leurs apparitions médiatiques fonctionnent auprès de leur soutien qui se rassurent. Pour Besancenot et Le Pen le phénomène de rejet demeure leur principal moteur d’adhésion. Mais tous considèrent qu’il s’agit d’un événement de campagne car pas un n’émet l’hypothèse d’une forte abstention chez ces nouveaux inscits sur les listes électorales.

Cependant, la sérénité ne semble pas de mise chez les candidats eux-mêmes, qui se sont montrés, à ce jour, silencieux sur le sujet.


Alliot-Marie sur un air de t’y vas ou t’y vas pas

décembre 28, 2006

Notre ministre de la Défense fait preuve de tergiversations en ce moment.
Après avoir renoncé au principe gaulliste d’une candidature : « la rencontre entre un homme et le peuple » en acceptant le débat à l’intérieur de l’Ump et une éventuelle candidature, la voilà faisant machine arrière toute.

En effet, elle vient d’annoncer qu’elle ne serait pas candidate à l’investiture de l’Ump qui n’est, pour elle, rien d’autre qu’un soutien logistique et financier.

Les idées ne se monnayent pas chez les Alliot-Marie-Ollier qui vont réfléchir ensemble à la programmation ou non d’une prochaine rencontre avec le peuple… Ce n’est pas une décision qui se prend à la légère. Il faut réfléchir au jour, à l’heure, au lieu. Sont à prévoir l’envoi des invitations, la robe que portera Michèle, le plan de table, le menu… bah oui ! la rencontre entre une femme et le peuple répond à des logiques toutes différentes.

La Alliot-Marie et son Ollier y vont mettre les petits plats dans les grands… si ça se fait.


Voyage autour de la présidentielle (4)

décembre 28, 2006

L’aumône faite aux SDF

Ce matin, j’avais donné rendez-vous à Olivier au parc de Monceaux. J’ai, en effet, imaginé d’attribuer à chacun un parc parisien dans lequel nous nous retrouverions régulièrement pour évoquer la présidentielle. Cet exercice fut agréé par tous.  Olivier fût celui qui l’inaugurât.

Avec Olivier, nous avions fréquenté les mêmes bancs de l’université, qu’il avait ensuite quitté pour suivre le cursus d’une école de commerce. Récemment, lors d’un dîner chez des amis nous nous étions revus, il faisait de l’audit financier pour un groupe au nom anglophone. A cette occasion, il m’avait appris son adhésion à l’Ump et surtout à Sarkozy. Selon lui, Sarkozy était le seul à avoir parfaitement intégré les règles régissant le monde actuel, celles d’un marché mondial. Jusque dans sa façon de communiquer, il montrait cette adaptation d’un homme politique résolument tourné vers l’avenir. Le mot était lâché : l’Avenir. Faisons table rase du passé, aveuglons-nous d’avenir !

Dans son métier, il semblait jouer aux dominos avec le capital des sociétés; il les préparait à l’Avenir sans doute.

Ce matin-là, dès l’entrée principale du parc, je l’entrepris sur la place faite aux SDF dans l’actualité. Un camp de réfugiés, sous tentes à l’enseigne de Médecins du monde, s’était dressé le long du canal Saint Martin. L’initiative en revenait, semble-t-il à une association « les enfants de Don Quichotte », qui faisait dormir sous ces tentes des personnes ayant un domicile afin d’alerter les « pouvoirs publics », cette nouvelle police secours, sur cette ignominieuse situation. L’opération était plus visuelle, plus marquante pour les esprits, que de proposer aux SDF un hébergement chez soi.

Ainsi l’image s’étalant au journal de vingt heures, Sarkozy, rompu aux techniques de communication, annonça, sans coup férir, que s’il était élu, sous deux ans, les SDF auraient tous un toit. Et, depuis hier, il avait chargé le sémillant Klarsfeld d’une mission sur le logement dans notre pays. Celui-ci s’empressa d’aller passer une nuit dans un centre d’hébergement de la région parisienne où il put constater qu’on n’y attrapait pas la gale… l’histoire ne relevant pas (encore) s’il était accompagné de télévisions et de photographes.

– Olivier, crois-tu qu’il suffise de tendre la main au peuple du vingt heures pour que cela rapporte les gros sous de la popularité ?

– Que veux-tu, il est bien obligé de contenter le plus grand nombre n’est-ce pas là le secret d’une élection au suffrage universel ? De plus, on ne peut pas lui reprocher d’être fidèle à son image d’homme d’action qui prend les problèmes à bras le corps et qui cherche à les régler.

– C’est bien là où je voulais t’emmener. Qui trop embrasse mal étreint dit l’adage. A force de trop en faire, ses idées apparaissent-elles pas comme au seul service de sa méthode, devenue l’alpha et l’oméga de sa politique faite d’oscillations contradictoires?

– Si tu veux dire par là que je risque d’être déçu, je te le dis tout net, ce risque je suis prêt à le prendre. De toute manière, les autres sont bien pires encore. Te connaissant, tu vas ajouter que mon choix est pris par défaut. Et tu as raison. Mais alors renversons les rôles, que me conseilles-tu ?

– Je reconnais que j’ai la part belle en étant observateur mais, sans tomber dans la sémantique, loin de moi l’idée de monter à cheval pour livrer un combat qui n’existe pas en réalité, c’est toi le premier qui m’a entrepris sur Sarkozy lors de ce dîner ; Permets-moi donc de continuer d’occuper mon promontoir.

Je reconnaissais la sincérité et l’honnêteté d’Olivier dans cet exercice. Il n’était pas aisé d’être un sympathisant politique de nos jours. C’était toujours les habits du mauvais rôle qu’il fallait endosser. En même temps, n’était-il pas les dupes d’un non-choix à faire ce qui compliquait singulièrement leur engagement sous lequel le sol se dérobe. Cette actualité sur les SDF en est un bon exemple. Un candidat dit « libéral » qui vole au secours de la pauvreté. Pourquoi pas? Mais à ce moment là, il ne faut pas comencer par dénigrer le modèle social auquel il se raccroche ensuite.

Le problème est que, lui comme les autres candidats, semblent nous cacher la vérité. Leur numéro de prestidigitation ne trompe personne.

Je relançai Olivier sur des généralités : Que penses-tu de ce début de campagne ?

– Royal ne parle toujours pas, c’est Hollande qui le fait pour elle ; c’est un comble. L’extrême gauche apparaît divisée et donc peu menaçante pour Royal encore que. Bayrou joue les pertubateurs, ou plutôt tente de jouer les pertubateurs. Quant à Le Pen, c’est un spectre sur ce tableau. Dans tout ça, je pense que Sarkozy est le plus affûté; meilleur candidat que Royal, plus de relief que Bayrou, et rognant sur l’électorat de Le Pen. Reste à savoir ce que va faire Chirac, veut-il ou non sa perte ?

– Ce que tu me décris est de l’ordre de l’impression. Tout repose sur des perceptions, sur ce qu’on entend ou lit par médias interposés, ou est-ce que je me trompe ?

– Quelle est la part du réel ? Faible je te l’accorde, mais que peut-il se passer, que veut précisément l’électeur ?

– C’est effectivement une partie du problème « que veut l’électeur ? ». Quelque chose que ne peuvent sans doute pas lui apporter les candidats, qui réagissent avec l’opinion comme avec un enfant gâté. Mais est-ce seulement au peuple de dire ce qu’il veut ? Ne faudrait-il pas lui parler comme à une personne capable de comprendre les enjeux ? Cette société matérialiste n’est-elle pas en train de détruire l’Homme ? Je mets un « H » majuscule pour éviter de confondre mon propos avec les Hégeliens d’extrême gauche qui, eux, se mordent la queue en corrigeant la dérive matérialiste par du matérialisme.

– Notre civilisation pour subsister doit bien se défendre dans un monde où l’économie prévaut, fixe les règles du jeu. Pour conserver nos standards de vie, il est nécessaire de rester compétitif.

– Es-tu seulement sûr que nous puissions rivaliser sur le même terrain ? Ce terrain là, n’est-il pas justement celui qui conduit à notre perte, à la perte comme tu le dis de nos « standards » ? Si tu dis vrai alors deux ans sera juste le temps pour cacher de notre vue les SDF et assouvir notre conscience, mais nous n’aurons rien modifié quant à la misère.


Les instituts de sondage et le casse-tête Le Pen

décembre 26, 2006

Le vote Le Pen, c’est comme l’effet impulse c’est les autres qui en parlent le mieux en quelque sorte.

En la matière, les instituts de sondage redoublent d’analyses coruscantes. On ne peut être que subjugué par autant de netteté dans la perception. Récemment, Brice Teinturier, émerite directeur d’institut de sondage, véritable psychologue des élus et des candidats, a livré de nouveaux enseignements sur l’effet Le Pen.

Premier enseignement, les idées de l’extrême droite ne progressent pas dans l’esprit des gens (ouf!). Deuxième enseignement, Le Pen progresse sur des idées qui jusque là n’étaient pas les siennes (grand ouf! bah oui ça veut dire que Le Pen reprend les idées des autres parce qu’elles sont bonnes…). Troisième enseignement, Le Pen a beau élargir son spectre idéologique cela ne se traduit pas en intention de vote (énorme ouf! il ne sera jamais élu).

Ils sont vraiment formidables ces messieurs des instituts de sondage ; Le Pen n’est pas un danger pour la présidentielle, encore moins pour les législatives qui suivent, alors à quoi bon s’affoler !

En somme, dormons tranquille, Le Pen président c’est pas pour demain, les instituts de sondage veillent…


Non inscrits, votes blancs, abstentionnistes, votants tiers état démocratique

décembre 26, 2006

L’inscription sur les listes électorales : quelle belle affaire !

Avant chaque année électorale, nous assistons à la même sinécure, pour ne pas dire pantomine, qui consiste à inciter les gens à prendre leur carte d’électeur.

Ils seraient entre 2 et 5 millions à ne pas s’être inscrits sur les listes électorales. Alors bon an mal an, les mairies vont enregistrer quelques nouveaux électeurs pris d’un accès de civisme.

A cette occasion, tout le monde y va de sa partition citoyenne : politiques, journalistes, responsables associatifs etc. Très en vogue cette année, le « grand frère » du quartier qui explique qu’il faut voter pour changer le cours des choses; l’argument ultime qui finit par produire les futurs abstentionnistes…  

Enfin, si cela soulage les bonnes consciences de la démocratie, devenue participative, après tout !

En revanche, rien en ce qui concerne les dix millions de votes blancs et les abstentionnistes. N’intéressent-t-ils personne ? Sont-ils les perdus de la cause démocratique ?

Ils sont, eux, devenus la mauvaise conscience de la démocratie et de ses tenants. Et leur nombre ne cesse de croître… Sans que cela incite quiconque à s’adresser à eux. Pourquoi ?

Quant à ceux qui continuent de se rendre aux urnes un dimanche de printemps, qu’est-ce qui les y pousse ? Pour une bonne partie le plaisir de dire « non », de faire un pied de nez aux candidats. Quelle profonde motivation faut-il pour effectuer un geste d’apparence absurde, un vote(in)utile ?

Après cette réflexion, comment ne pas penser à ceux qui s’investissent dans les comités de salut électoral de Ségolène Royal, quelle future cruelle désillusion de placer ses espoirs dans un tel leurre.


Voyage autour de la présidentielle (3)

décembre 25, 2006

Ma position était idéale. A la fois indifférent et curieux mes amis me parlaient en toute franchise de leur motivation, de leur déception, de leur indignation à propos de la campagne présidentielle qui s’amorçait.

Leur engouement pour cette campagne était plaisant à défaut d’être communicatif. A travers leur cheminement politique je discernais les traces d’une éducation, d’une jeunesse et de leur premier pas professionnel. On n’entre pas en politique comme on entre en religion, à tout le moins, la ferveur n’est pas de nature équivalente. La politique est une entreprise purement humaine dans la mesure où elle s’appuie exclusivement sur les rapports humains. Au contraire, la religion, tout en étant profondément humaine, tend à dépasser la simple condition de l’homme.

Bref, tout ça pour en venir à considérer l’engagement de mes amis sous un angle largement plus affectif que rationnel ; La vérité, c’est que l’image, la représentation de la société les intéresse bien plus que sa réalité.

Sans circonstances exceptionnelles finalement tous ces candidats n’aspirent qu’à donner une couche superficielle de peinture au pays. Quand Royal, lors d’une émission radiotélévisée du dimanche soir, explique au journaliste du Figaro, Beytout, que la croissance est affaire de confiance celui-ci semble attéré. Et si la politique était simplement ce « feeling », cette perception de l’inconscient collectif qui permette d’accompagner la nation. La monarchie avait parfaitement intégré, dans ses principes de gouvernement, cette appréhension, qui lui offrirent cette stabilité due à cette adéquation entre son pouvoir et le peuple.

Quant au grands hommes d’Etat ne l’ont-ils été que par des circonstances qui permirent de satisfaire un trait de leur caractère. Faut-il se demander si les candidats actuels disposent de cette capacité de réaction ?


Voyage autour de la présidentielle (2)

décembre 24, 2006

Ce voyage commence par un coup de fil à Stéphane. Je voulais savoir s’il n’était pas désabusé par l’extrême gauche, perclus d’intérêts d’appareil politique et, de ce fait, incapable de s’unir sur un programme électoral commun autour d’un seul candidat.

Entre nous, il n’y avait pas de faux semblants. Il était naturel de s’interpeller sans que cela soit mal interprêté.

– C’est une utopie de plus, chez nous autres, qui part en fumée. Au fond de moi-même je doutais de la réunion de nos appareils (LO, LCR, PCF). Les intérêts étaient trop divers, nos histoires bien trop cristallisées. Laguiller fera 3%, Besancenot 4% et Buffet 3%. En même temps, et réunis, nous n’aurions pas fait 10% alors…

– Et toi, que vas-tu faire ?

– Il m’est impossible de soutenir Royal. Elle fait de la communication, du marketing, de la stratégie électorale mais elle ne fait pas de politique. Elle n’a ni système de pensée, ni ennemi et par conséquent encore moins d’ami, sa candidature est un décorum. Pourtant, divisés, nous lui ouvrons la voie de la victoire. Pour répondre précisément à ton interrogation, je soutiendrai Besancenot avec comme ambition de gauchir la campagne.

– Avec quels espoirs ? Si elle élue, elle vous écrasera comme Mitterrand a écrasé le parti communiste ?

– Elle n’y parviendra pas. Elle sera élue par défaut tout comme Sarkozy, s’il l’est. L’un comme l’autre sera seul, recroquevillé dans son fort Elysée, aux abois face à la rue qui n’en peut plus.

– A l’extrême gauche finalement vous êtes d’éternels optimistes, vous croyez à votre idéal révolutionnaire qui manque cruellement d’inspiration, sans doute par absence de philosophie. En quoi piller les « patrons » va-t-il améliorer les conditions des « travailleurs » ? Y croyez-vous seulement vous-même ? Je pense d’ailleurs, qu’aucun des candidats ne croit en ses paroles, ses promesses. Au fond d’eux-même ils ne savent pas pourquoi ils sont candidats.

– Toi, c’est à la politique que tu ne crois pas.

– Le parti politique, dans l’histoire de France, a toujours été celui qui visait à renverser l’Etat, donc à affaiblir le pays, la nation. Aujourd’hui, vous êtes nombreux sur la bête ! Votre Ligue, votre Fronde c’est la révolution ou encore la rupture…