Voyage autour de la présidentielle (4)

L’aumône faite aux SDF

Ce matin, j’avais donné rendez-vous à Olivier au parc de Monceaux. J’ai, en effet, imaginé d’attribuer à chacun un parc parisien dans lequel nous nous retrouverions régulièrement pour évoquer la présidentielle. Cet exercice fut agréé par tous.  Olivier fût celui qui l’inaugurât.

Avec Olivier, nous avions fréquenté les mêmes bancs de l’université, qu’il avait ensuite quitté pour suivre le cursus d’une école de commerce. Récemment, lors d’un dîner chez des amis nous nous étions revus, il faisait de l’audit financier pour un groupe au nom anglophone. A cette occasion, il m’avait appris son adhésion à l’Ump et surtout à Sarkozy. Selon lui, Sarkozy était le seul à avoir parfaitement intégré les règles régissant le monde actuel, celles d’un marché mondial. Jusque dans sa façon de communiquer, il montrait cette adaptation d’un homme politique résolument tourné vers l’avenir. Le mot était lâché : l’Avenir. Faisons table rase du passé, aveuglons-nous d’avenir !

Dans son métier, il semblait jouer aux dominos avec le capital des sociétés; il les préparait à l’Avenir sans doute.

Ce matin-là, dès l’entrée principale du parc, je l’entrepris sur la place faite aux SDF dans l’actualité. Un camp de réfugiés, sous tentes à l’enseigne de Médecins du monde, s’était dressé le long du canal Saint Martin. L’initiative en revenait, semble-t-il à une association « les enfants de Don Quichotte », qui faisait dormir sous ces tentes des personnes ayant un domicile afin d’alerter les « pouvoirs publics », cette nouvelle police secours, sur cette ignominieuse situation. L’opération était plus visuelle, plus marquante pour les esprits, que de proposer aux SDF un hébergement chez soi.

Ainsi l’image s’étalant au journal de vingt heures, Sarkozy, rompu aux techniques de communication, annonça, sans coup férir, que s’il était élu, sous deux ans, les SDF auraient tous un toit. Et, depuis hier, il avait chargé le sémillant Klarsfeld d’une mission sur le logement dans notre pays. Celui-ci s’empressa d’aller passer une nuit dans un centre d’hébergement de la région parisienne où il put constater qu’on n’y attrapait pas la gale… l’histoire ne relevant pas (encore) s’il était accompagné de télévisions et de photographes.

– Olivier, crois-tu qu’il suffise de tendre la main au peuple du vingt heures pour que cela rapporte les gros sous de la popularité ?

– Que veux-tu, il est bien obligé de contenter le plus grand nombre n’est-ce pas là le secret d’une élection au suffrage universel ? De plus, on ne peut pas lui reprocher d’être fidèle à son image d’homme d’action qui prend les problèmes à bras le corps et qui cherche à les régler.

– C’est bien là où je voulais t’emmener. Qui trop embrasse mal étreint dit l’adage. A force de trop en faire, ses idées apparaissent-elles pas comme au seul service de sa méthode, devenue l’alpha et l’oméga de sa politique faite d’oscillations contradictoires?

– Si tu veux dire par là que je risque d’être déçu, je te le dis tout net, ce risque je suis prêt à le prendre. De toute manière, les autres sont bien pires encore. Te connaissant, tu vas ajouter que mon choix est pris par défaut. Et tu as raison. Mais alors renversons les rôles, que me conseilles-tu ?

– Je reconnais que j’ai la part belle en étant observateur mais, sans tomber dans la sémantique, loin de moi l’idée de monter à cheval pour livrer un combat qui n’existe pas en réalité, c’est toi le premier qui m’a entrepris sur Sarkozy lors de ce dîner ; Permets-moi donc de continuer d’occuper mon promontoir.

Je reconnaissais la sincérité et l’honnêteté d’Olivier dans cet exercice. Il n’était pas aisé d’être un sympathisant politique de nos jours. C’était toujours les habits du mauvais rôle qu’il fallait endosser. En même temps, n’était-il pas les dupes d’un non-choix à faire ce qui compliquait singulièrement leur engagement sous lequel le sol se dérobe. Cette actualité sur les SDF en est un bon exemple. Un candidat dit « libéral » qui vole au secours de la pauvreté. Pourquoi pas? Mais à ce moment là, il ne faut pas comencer par dénigrer le modèle social auquel il se raccroche ensuite.

Le problème est que, lui comme les autres candidats, semblent nous cacher la vérité. Leur numéro de prestidigitation ne trompe personne.

Je relançai Olivier sur des généralités : Que penses-tu de ce début de campagne ?

– Royal ne parle toujours pas, c’est Hollande qui le fait pour elle ; c’est un comble. L’extrême gauche apparaît divisée et donc peu menaçante pour Royal encore que. Bayrou joue les pertubateurs, ou plutôt tente de jouer les pertubateurs. Quant à Le Pen, c’est un spectre sur ce tableau. Dans tout ça, je pense que Sarkozy est le plus affûté; meilleur candidat que Royal, plus de relief que Bayrou, et rognant sur l’électorat de Le Pen. Reste à savoir ce que va faire Chirac, veut-il ou non sa perte ?

– Ce que tu me décris est de l’ordre de l’impression. Tout repose sur des perceptions, sur ce qu’on entend ou lit par médias interposés, ou est-ce que je me trompe ?

– Quelle est la part du réel ? Faible je te l’accorde, mais que peut-il se passer, que veut précisément l’électeur ?

– C’est effectivement une partie du problème « que veut l’électeur ? ». Quelque chose que ne peuvent sans doute pas lui apporter les candidats, qui réagissent avec l’opinion comme avec un enfant gâté. Mais est-ce seulement au peuple de dire ce qu’il veut ? Ne faudrait-il pas lui parler comme à une personne capable de comprendre les enjeux ? Cette société matérialiste n’est-elle pas en train de détruire l’Homme ? Je mets un « H » majuscule pour éviter de confondre mon propos avec les Hégeliens d’extrême gauche qui, eux, se mordent la queue en corrigeant la dérive matérialiste par du matérialisme.

– Notre civilisation pour subsister doit bien se défendre dans un monde où l’économie prévaut, fixe les règles du jeu. Pour conserver nos standards de vie, il est nécessaire de rester compétitif.

– Es-tu seulement sûr que nous puissions rivaliser sur le même terrain ? Ce terrain là, n’est-il pas justement celui qui conduit à notre perte, à la perte comme tu le dis de nos « standards » ? Si tu dis vrai alors deux ans sera juste le temps pour cacher de notre vue les SDF et assouvir notre conscience, mais nous n’aurons rien modifié quant à la misère.

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