Vote (in)utile or not vote (in)utile

janvier 17, 2007

Et si le 21 avril 2002 avait modifié le clivage traditionnel droite-gauche ?

En étant présent au second tour de la présidentielle en 2002, Le Pen n’aurait-il pas, à son corps défendant, fait apparaître un nouveau clivage dans le paysage politique français ?

En effet, il y aurait d’un côté le PS et l’UMP représentés par Royal et Sarkozy, d’une certaine manière les candidats du système et de l’autre côté, tous les autres candidats Le Pen, Villiers, Bayrou, Buffet, Laguiller, Besancenot contestant les deux premiers et se présentant comme les candidats opposés au système. D’où leur même angle à tous de campagne sur le favoritisme des médias (devenus les symboles du système) à l’égard de Royal et de Sarkozy. Tout comme Bayrou avait trouvé l’idée du troisième homme en 2002 n’a-t-il pas inventé cette fois-ci les anti-ségosarko ?

Ce nouveau clivage modifie du même coup la nature de la campagne présidentielle : l’enjeu essentiel devenant le premier tour et non plus, surtout pour le PS et l’UMP, le second. Et d’ailleurs, Sarkozy et Royal n’auraient-ils pas déjà anticipé cette évolution en faisant tout dans leur campagne pour éviter de finir derrière Le Pen ou un autre candidat, le fameux troisième homme ?

Quant aux autres, ils font tous du plagiat de Le Pen, ils sont tous hostiles aux deux partis qui « ont trompé les Français depuis 30 ans » ces Français qui ont bien raison de « voter leur ras le bol ».

Pour les candidats du système ils ont 45% à se partager (les voix du « oui » au référendum sur la constitution européenne) et les autres ont à se répartir les 55% de « non ».

Dans ce schéma, par simple calcul mathématique, il est fort probable que Royal ou Sarkozy virent tous les deux en tête à l’issue du premier tour, encore que la campagne puisse nous surprendre… ce nouveau clivage aidant.


Voyage autour de la présidentielle (7)

janvier 10, 2007

Le fonctionnement de notre démocratie suppose une réaction de communication constante à l’actualité. Le principe est simple, il s’agit de surfer sur le sujet qui fait l’actualité chacun fourbissant son événement, sa dialectique, sa proposition etc. qui permette d’exister dans les médias. Dernier exemple en date, l’opération de Besancenot qui consistait à ériger un mur de parpaing devant la mairie de Neuilly pour y dénoncer, en écho au village de tente de SDF, le manque de logements sociaux dans la ville même du candidat Ump. Mais avant lui Sarkozy et Chirac ont inventé le droit opposable au logement, Royal a signé la charte des « enfants de don Quichotte » en se rendant au village des SDF et ainsi de suite.

L’absence sur ce sujet qui fait l’actualité n’est pas envisageable pour tout candidat qui se respecte et qui a besoin de s’afficher dans les médias pour sa notoriété.

Leur projet présidentiel s’immerge et se conçoit dans l’instantané. Le constat, l’analyse et les priorités sont dictés par des événements qui sont de plus en plus, aux yeux des Français, des non-évènements voire de contre-évènements. C’est tout juste, si pour l’électeur, la situation des SDF ne s’apparenterait pas à un coup monté propice à détourner l’attention des véritables enjeux.

Dans un tel jeu, comment vont se décider les électeurs qu’on nous dit, enfin les journalistes qui ont besoin de capter leur audience, passionnés par ce scrutin présidentiel? Je crains que ce ne soit par la force des choses qu’ils s’y intéresse, c’est à dire par le matraquage médiatique. Le danger est qu’ils ne se retrouvent à aucun moment concernés par ce qui les interpelle, les tient en haleine superficiellement.

Quel est la signification, le sens du message des « droits humains » qui a marqué le déplacement en Chine de Royal ? Comment un slogan comme « tout devient possible avec Nicolas Sarkozy » (formule dérivée de « Demain on rase gratis ») ne peut-il pas prêter au sarcasme ?

Je crois à un vieux fond de sagesse dans les peuples. Dans cette hypothèse, n’y-a-t-il pas tout à craindre plutôt que tout à espérer de ce scrutin ?


Voyage autour de la présidentielle (5)

décembre 29, 2006

L’inscription sur les listes électorales

Le feuilleton de cette fin d’année est l’inscription de nouveaux électeurs sur les listes électorales.

La part belle est faite aux inscriptions, sans doute très symboliques, dans les « cités ». Si pour les médias le sujet permet de mobiliser de l’audience pour leur événement de l’année, après la coupe du monde de football de l’année dernière, pour Stéphane, Rachel, Quitterie, Olivier et Rémi cela provoque des réactions en forme, le plus souvent, d’auto persuasion.

Pour Stéphane, tous ces jeunes de banlieues qui « affluent » vers les mairies, est la traduction d’un ras le bol social et d’une « étatphobie » qui produit de l’exclusion. Dans l’esprit de Stéphane, il ne fait pas de doute que ces nouveaux électeurs porteront des bulletins de gauche et, leur révolte est telle, que l’extrême gauche se taillera la part du lion.

Pour Rachel, ces chiffres sont une excellente nouvelle. Il est vrai que Rachel est persuadée de l’influence de Royal sur ces inscriptions, à la fois par sa campagne sur le terrain (largement médiatisée lors d’une virée d’un jour avec le chanteur Cali) et par l’espoir qu’elle suscite. Inconsciement, comme Stéphane, elle considère évident que ces nouveaux électeurs seront favorables à la gauche selon une mécanique classique et assez simple : ce sont les exclus de la droite – couleur de peau et chômage élevé – qui naturellement penchent vers la gauche beaucoup plus tolérante, juste, accueillante etc. conformément à leur pétition de vertu.

Pour Quitterie, qui intellectualise davantage cette démarche d’inscription, ces inscriptions sont un signe d’intérêt pour la politique et donc un premier pas vers la démocratie et l’intégration. Sa naïveté traduit une incompréhension envers ces citoyens d’un genre à part.

Pour Olivier, il s’agit d’une véritable manipulation médiatique qui sert les intérêts électoraux de Royal. Implicitement, comme pour Stéphane et Rachel, il suppose que ces nouveaux électeurs voteront à gauche. Cependant, sensible aux images montrant son leader en compagnie des jeunes beurs d’Argenteuil, Olivier croit en une frange électorale de ces quartiers, dits difficiles, soucieuse d’un retour à l’ordre.

Enfin, Rémi tient un raisonnement positif à base de réaction dont l’effet est provoqué par la « propagande médiatique ». Cette propagande crée un réflexe de survie dans l’électorat français qui va se mobiliser autour de Le Pen.  Par ailleurs, il est fort probable que parmi les inscrits, il y ait des français plus modestes qui espèrent être « secourus » de leurs ilôts de non droit.

Ces impressions sont riches d’enseignements sur la psychologie des sympathisants des différents candidats. Tout d’abord, pour Sarkozy et Royal, leurs apparitions médiatiques fonctionnent auprès de leur soutien qui se rassurent. Pour Besancenot et Le Pen le phénomène de rejet demeure leur principal moteur d’adhésion. Mais tous considèrent qu’il s’agit d’un événement de campagne car pas un n’émet l’hypothèse d’une forte abstention chez ces nouveaux inscits sur les listes électorales.

Cependant, la sérénité ne semble pas de mise chez les candidats eux-mêmes, qui se sont montrés, à ce jour, silencieux sur le sujet.


Voyage autour de la présidentielle (2)

décembre 24, 2006

Ce voyage commence par un coup de fil à Stéphane. Je voulais savoir s’il n’était pas désabusé par l’extrême gauche, perclus d’intérêts d’appareil politique et, de ce fait, incapable de s’unir sur un programme électoral commun autour d’un seul candidat.

Entre nous, il n’y avait pas de faux semblants. Il était naturel de s’interpeller sans que cela soit mal interprêté.

– C’est une utopie de plus, chez nous autres, qui part en fumée. Au fond de moi-même je doutais de la réunion de nos appareils (LO, LCR, PCF). Les intérêts étaient trop divers, nos histoires bien trop cristallisées. Laguiller fera 3%, Besancenot 4% et Buffet 3%. En même temps, et réunis, nous n’aurions pas fait 10% alors…

– Et toi, que vas-tu faire ?

– Il m’est impossible de soutenir Royal. Elle fait de la communication, du marketing, de la stratégie électorale mais elle ne fait pas de politique. Elle n’a ni système de pensée, ni ennemi et par conséquent encore moins d’ami, sa candidature est un décorum. Pourtant, divisés, nous lui ouvrons la voie de la victoire. Pour répondre précisément à ton interrogation, je soutiendrai Besancenot avec comme ambition de gauchir la campagne.

– Avec quels espoirs ? Si elle élue, elle vous écrasera comme Mitterrand a écrasé le parti communiste ?

– Elle n’y parviendra pas. Elle sera élue par défaut tout comme Sarkozy, s’il l’est. L’un comme l’autre sera seul, recroquevillé dans son fort Elysée, aux abois face à la rue qui n’en peut plus.

– A l’extrême gauche finalement vous êtes d’éternels optimistes, vous croyez à votre idéal révolutionnaire qui manque cruellement d’inspiration, sans doute par absence de philosophie. En quoi piller les « patrons » va-t-il améliorer les conditions des « travailleurs » ? Y croyez-vous seulement vous-même ? Je pense d’ailleurs, qu’aucun des candidats ne croit en ses paroles, ses promesses. Au fond d’eux-même ils ne savent pas pourquoi ils sont candidats.

– Toi, c’est à la politique que tu ne crois pas.

– Le parti politique, dans l’histoire de France, a toujours été celui qui visait à renverser l’Etat, donc à affaiblir le pays, la nation. Aujourd’hui, vous êtes nombreux sur la bête ! Votre Ligue, votre Fronde c’est la révolution ou encore la rupture… 


Voyage autour de la présidentielle (1)

décembre 24, 2006

Prologue à l’internaute

Il y a plusieurs façons de suivre la campagne à l’élection présidentielle. L’une d’elle consiste à échanger entre électeurs (tour à tour se montrant partisan, militant, simple électeur) où chacun fourbit ses arguments en faveur de son « poulain ».

Avant de retrouver les six bons amis (narrateur compris) de ce voyage, le plus souvent dans leur estaminet établit en quartier général, faisons les présentations rapides.

Stéphane est un militant d’extrême gauche. Il grandit dans une famille bourgeoise attachée à sa condition matérielle et dépourvue de toute conception spirituelle de l’existence. A l’université, il côtoya un groupe d’anarchistes, des « redskins ». Peu enclin au coup de poing, davantage attiré par des repères idéologiques, il s’en éloigna pour rejoindre la ligue communiste révolutionnaire par l’entremise d’une copine déjà engagée. Aujourd’hui, Stéphane est un travailleur social, s’investit dans diverses actions « humanitaires », espérait un candidat unique de la gauche anti-libérale, pour finalement se rabattre sur le candidat de la LCR, Olivier Besancenot. C’est un ami d’enfance du narrateur.

Rachel est une traumatisée du « 21 avril ». « Plus jamais ça » est son crédo en forme de cri de ralliement et d’argument ultime. Adhérente au Parti socialiste, elle participe aux activités de sa section par devoir. Elle croit à tous les détails et vieilles lunes susceptibles d’éviter un nouveau « 21 avril » : inscription sur les listes électorales, choix de la candidate qui a le plus de chance de l’emporter selon les sondages, la reconquête de l’électorat populaire etc. C’est une cousine du narrateur.

Quitterie est une fan de François Bayrou. Choisir n’étant pas son fort surtout quant le choix n’en est pas un, elle trouve le système de « ni-ni » du candidat centriste apaisant et rassurant. Faites l’amour pas la guerre serait une formule qui résume  assez bien son aspiration à la démocratie chrétienne. C’est une amie d’une amie du narrateur.

Olivier est un tout nouvel adhérent de l’Ump. Le jour où il vit Nicolas Sarkozy à une émission télévisuelle, il sut que c’était lui. Entrons de plain-pied dans ce monde où l’économie est reine, soulageons-nous de ce que nous pensons en le disant et cela ira mieux. Le volontarisme c’est son truc! C’est un ami de banc d’université du narrateur.

Rémi est un électeur du Front national. Exaspéré par les injustices, fatigué des oukases bien-pensantes, sceptique à l’égard du système institutionnel, il attend une rupture de fait. C’est un ami qui a pratiqué le rugby de clocher avec le narrateur.

Enfin, il y a le narrateur lui-même. Il ne croit pas en la démocratie, doute de la République, qui sont de véritables méprises philosophiques. Mais le jeu électoral l’amuse tout comme il se plaît à suivre une rencontre sportive.

Et maintenant, tout au long de la présidentielle, retrouvons ces six personnages.


Arlette Laguiller fait part de ses luttes ouvertes

octobre 17, 2006

Dans un entretien accordé au journal Le Figaro, Arlette Laguiller décrypte la situation à l’extrême gauche. Rien de tel qu’un apparatchik pour aider à y voir plus clair…

José Bové et Marie-Georges Buffet peuvent désormais remiser leur costume de scène présidentielle, il n’y aura visiblement pas de candidature unitaire à l’extrême gauche. Les intérêts matériels sont plus forts que le matérialisme dialectique…


Le temps des (queues de) cerises

septembre 29, 2006

A l’extrême gauche française, le PC n’en finit plus de se déliter. Une candidature du Parti communiste est une véritable gageure et l’absence de candidat serait suicidaire. Seul espoir pathétique de survie que caresse Marie-Georges Buffet : rassembler le « non » de gauche. Tout cela semble bien illusoire, le MRC est déjà engagé dans des discussions électorales avec le PS, les Verts avec deux deuxième tour de scrutin interne ont élu Dominique Voynet comme candidate, LO a de nouveau opté pour Arlette Laguiller et la LCR a désigné Olivier Besancenot.  Maintenant que chacun a son candidat et étant entendu que l’extrême gauche est toujours friande d’AG, tout ce petit monde se trouve en état de négociation. Avec en position de force la LCR (qui n’a rien à perdre) et en état d’agonie le PC (en voie de disparition). 

Ces négociations portent en réalité sur deux accords quasi introuvables :

1 – Accord contre toute alliance parlementaire et gouvernementale avec le PS 

2 – Accord financier sur le financement de la campagne et l’aide publique aux formations politiques. 

Autrement dit, les partis qui se retrouveront sur une candidature unique de l’extrême gauche ne peuvent conclure un quelconque accord avec le PS. Cela suppose des candidatures unitaires d’extrême gauche dans toutes les circonscriptions et la non participation à un gouvernement sous l’égide du PS.  Or chez les Verts des négociations ont déjà eu lieu pour les législatives, et au PC Marie-Georges Buffet n’attend qu’une chose : les ouvrir. Sont en jeu les 22 députés du PC et un ou plusieurs postes de Ministre. 

Comme quoi, derrière les plus belles utopies se dissimulent toujours les plus serviles compromissions.