Voyage autour de la présidentielle (6)

janvier 6, 2007

Il est tôt ce matin quand je retrouve Rémi à la brasserie Le Danton à Saint Germain des prés. Nous venons de commander chacun un café. Rémi, qui me connaît bien, me regarde avec un air rieur.

– Pourquoi cet air amusé, Rémi ?

– Parce que je sais d’avance sur quoi tu vas m’entreprendre.

– Le Pen affirme qu’il est de centre-droit; alors forcément!

– Il a ajouté, comme tout l’échiquier politique se déportait à gauche, sa position initiale de centre droit, qui n’a jamais varié, le positionne aujourd’hui à l’extrême droite.

– Avoue que c’est un peu tortueux comme développement. Certes, tout est toujours relatif, mais ne s’agit-il pas d’une tactique, en s’achetant une sorte de virginité ?

– Je crois que la dédiabolisation de Le Pen depuis 2002, autrement dit, la lepenisation des esprits, lui permet de s’étendre électoralement en captant de nouveaux électorats.

– Mais ne perd-il pas toute sa spécificité, le vote en guise de pied de nez ?

– Je vais plus loin dans ton sens, ne prépare-t-il pas sa succession en assurant le passage de témoin à sa fille lui permettant de jouer un rôle d’influence dans les années à venir ?

– Cela se tient en effet. Mais cela veut aussi dire qu’il met sa fille en position de passer des accords politiques avec les autres partis de droite. Dans ce cas, le Front national abandonne des pans entiers de son corps doctrinal.

– Il est vrai que le passage est escarpé : Tenter de faire partie à l’avenir du jeu politique sans perdre sa nature, son identité. Toujours est-il qu’une chose est sûre, la stratégie Pasqua de 1988 ou celle de Sarkozy en ce moment, qui consiste à faire revenir des électeurs, soi-disant égarés, ne marche pas. La seule solution serait de passer des accords comme ce fut le cas entre l’Udf et le Rpr pendant des années. Je pense qu’une partie de l’opinion est prête et l’adoucissement des moeurs du père grâce à la fille peut le favoriser. Sans doute un des enjeux de l’ère post Le Pen – Chirac.

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Voyage autour de la présidentielle (5)

décembre 29, 2006

L’inscription sur les listes électorales

Le feuilleton de cette fin d’année est l’inscription de nouveaux électeurs sur les listes électorales.

La part belle est faite aux inscriptions, sans doute très symboliques, dans les « cités ». Si pour les médias le sujet permet de mobiliser de l’audience pour leur événement de l’année, après la coupe du monde de football de l’année dernière, pour Stéphane, Rachel, Quitterie, Olivier et Rémi cela provoque des réactions en forme, le plus souvent, d’auto persuasion.

Pour Stéphane, tous ces jeunes de banlieues qui « affluent » vers les mairies, est la traduction d’un ras le bol social et d’une « étatphobie » qui produit de l’exclusion. Dans l’esprit de Stéphane, il ne fait pas de doute que ces nouveaux électeurs porteront des bulletins de gauche et, leur révolte est telle, que l’extrême gauche se taillera la part du lion.

Pour Rachel, ces chiffres sont une excellente nouvelle. Il est vrai que Rachel est persuadée de l’influence de Royal sur ces inscriptions, à la fois par sa campagne sur le terrain (largement médiatisée lors d’une virée d’un jour avec le chanteur Cali) et par l’espoir qu’elle suscite. Inconsciement, comme Stéphane, elle considère évident que ces nouveaux électeurs seront favorables à la gauche selon une mécanique classique et assez simple : ce sont les exclus de la droite – couleur de peau et chômage élevé – qui naturellement penchent vers la gauche beaucoup plus tolérante, juste, accueillante etc. conformément à leur pétition de vertu.

Pour Quitterie, qui intellectualise davantage cette démarche d’inscription, ces inscriptions sont un signe d’intérêt pour la politique et donc un premier pas vers la démocratie et l’intégration. Sa naïveté traduit une incompréhension envers ces citoyens d’un genre à part.

Pour Olivier, il s’agit d’une véritable manipulation médiatique qui sert les intérêts électoraux de Royal. Implicitement, comme pour Stéphane et Rachel, il suppose que ces nouveaux électeurs voteront à gauche. Cependant, sensible aux images montrant son leader en compagnie des jeunes beurs d’Argenteuil, Olivier croit en une frange électorale de ces quartiers, dits difficiles, soucieuse d’un retour à l’ordre.

Enfin, Rémi tient un raisonnement positif à base de réaction dont l’effet est provoqué par la « propagande médiatique ». Cette propagande crée un réflexe de survie dans l’électorat français qui va se mobiliser autour de Le Pen.  Par ailleurs, il est fort probable que parmi les inscrits, il y ait des français plus modestes qui espèrent être « secourus » de leurs ilôts de non droit.

Ces impressions sont riches d’enseignements sur la psychologie des sympathisants des différents candidats. Tout d’abord, pour Sarkozy et Royal, leurs apparitions médiatiques fonctionnent auprès de leur soutien qui se rassurent. Pour Besancenot et Le Pen le phénomène de rejet demeure leur principal moteur d’adhésion. Mais tous considèrent qu’il s’agit d’un événement de campagne car pas un n’émet l’hypothèse d’une forte abstention chez ces nouveaux inscits sur les listes électorales.

Cependant, la sérénité ne semble pas de mise chez les candidats eux-mêmes, qui se sont montrés, à ce jour, silencieux sur le sujet.


Les instituts de sondage et le casse-tête Le Pen

décembre 26, 2006

Le vote Le Pen, c’est comme l’effet impulse c’est les autres qui en parlent le mieux en quelque sorte.

En la matière, les instituts de sondage redoublent d’analyses coruscantes. On ne peut être que subjugué par autant de netteté dans la perception. Récemment, Brice Teinturier, émerite directeur d’institut de sondage, véritable psychologue des élus et des candidats, a livré de nouveaux enseignements sur l’effet Le Pen.

Premier enseignement, les idées de l’extrême droite ne progressent pas dans l’esprit des gens (ouf!). Deuxième enseignement, Le Pen progresse sur des idées qui jusque là n’étaient pas les siennes (grand ouf! bah oui ça veut dire que Le Pen reprend les idées des autres parce qu’elles sont bonnes…). Troisième enseignement, Le Pen a beau élargir son spectre idéologique cela ne se traduit pas en intention de vote (énorme ouf! il ne sera jamais élu).

Ils sont vraiment formidables ces messieurs des instituts de sondage ; Le Pen n’est pas un danger pour la présidentielle, encore moins pour les législatives qui suivent, alors à quoi bon s’affoler !

En somme, dormons tranquille, Le Pen président c’est pas pour demain, les instituts de sondage veillent…


Voyage autour de la présidentielle (1)

décembre 24, 2006

Prologue à l’internaute

Il y a plusieurs façons de suivre la campagne à l’élection présidentielle. L’une d’elle consiste à échanger entre électeurs (tour à tour se montrant partisan, militant, simple électeur) où chacun fourbit ses arguments en faveur de son « poulain ».

Avant de retrouver les six bons amis (narrateur compris) de ce voyage, le plus souvent dans leur estaminet établit en quartier général, faisons les présentations rapides.

Stéphane est un militant d’extrême gauche. Il grandit dans une famille bourgeoise attachée à sa condition matérielle et dépourvue de toute conception spirituelle de l’existence. A l’université, il côtoya un groupe d’anarchistes, des « redskins ». Peu enclin au coup de poing, davantage attiré par des repères idéologiques, il s’en éloigna pour rejoindre la ligue communiste révolutionnaire par l’entremise d’une copine déjà engagée. Aujourd’hui, Stéphane est un travailleur social, s’investit dans diverses actions « humanitaires », espérait un candidat unique de la gauche anti-libérale, pour finalement se rabattre sur le candidat de la LCR, Olivier Besancenot. C’est un ami d’enfance du narrateur.

Rachel est une traumatisée du « 21 avril ». « Plus jamais ça » est son crédo en forme de cri de ralliement et d’argument ultime. Adhérente au Parti socialiste, elle participe aux activités de sa section par devoir. Elle croit à tous les détails et vieilles lunes susceptibles d’éviter un nouveau « 21 avril » : inscription sur les listes électorales, choix de la candidate qui a le plus de chance de l’emporter selon les sondages, la reconquête de l’électorat populaire etc. C’est une cousine du narrateur.

Quitterie est une fan de François Bayrou. Choisir n’étant pas son fort surtout quant le choix n’en est pas un, elle trouve le système de « ni-ni » du candidat centriste apaisant et rassurant. Faites l’amour pas la guerre serait une formule qui résume  assez bien son aspiration à la démocratie chrétienne. C’est une amie d’une amie du narrateur.

Olivier est un tout nouvel adhérent de l’Ump. Le jour où il vit Nicolas Sarkozy à une émission télévisuelle, il sut que c’était lui. Entrons de plain-pied dans ce monde où l’économie est reine, soulageons-nous de ce que nous pensons en le disant et cela ira mieux. Le volontarisme c’est son truc! C’est un ami de banc d’université du narrateur.

Rémi est un électeur du Front national. Exaspéré par les injustices, fatigué des oukases bien-pensantes, sceptique à l’égard du système institutionnel, il attend une rupture de fait. C’est un ami qui a pratiqué le rugby de clocher avec le narrateur.

Enfin, il y a le narrateur lui-même. Il ne croit pas en la démocratie, doute de la République, qui sont de véritables méprises philosophiques. Mais le jeu électoral l’amuse tout comme il se plaît à suivre une rencontre sportive.

Et maintenant, tout au long de la présidentielle, retrouvons ces six personnages.