Voyage autour de la présidentielle (3)

décembre 25, 2006

Ma position était idéale. A la fois indifférent et curieux mes amis me parlaient en toute franchise de leur motivation, de leur déception, de leur indignation à propos de la campagne présidentielle qui s’amorçait.

Leur engouement pour cette campagne était plaisant à défaut d’être communicatif. A travers leur cheminement politique je discernais les traces d’une éducation, d’une jeunesse et de leur premier pas professionnel. On n’entre pas en politique comme on entre en religion, à tout le moins, la ferveur n’est pas de nature équivalente. La politique est une entreprise purement humaine dans la mesure où elle s’appuie exclusivement sur les rapports humains. Au contraire, la religion, tout en étant profondément humaine, tend à dépasser la simple condition de l’homme.

Bref, tout ça pour en venir à considérer l’engagement de mes amis sous un angle largement plus affectif que rationnel ; La vérité, c’est que l’image, la représentation de la société les intéresse bien plus que sa réalité.

Sans circonstances exceptionnelles finalement tous ces candidats n’aspirent qu’à donner une couche superficielle de peinture au pays. Quand Royal, lors d’une émission radiotélévisée du dimanche soir, explique au journaliste du Figaro, Beytout, que la croissance est affaire de confiance celui-ci semble attéré. Et si la politique était simplement ce « feeling », cette perception de l’inconscient collectif qui permette d’accompagner la nation. La monarchie avait parfaitement intégré, dans ses principes de gouvernement, cette appréhension, qui lui offrirent cette stabilité due à cette adéquation entre son pouvoir et le peuple.

Quant au grands hommes d’Etat ne l’ont-ils été que par des circonstances qui permirent de satisfaire un trait de leur caractère. Faut-il se demander si les candidats actuels disposent de cette capacité de réaction ?

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Voyage autour de la présidentielle (2)

décembre 24, 2006

Ce voyage commence par un coup de fil à Stéphane. Je voulais savoir s’il n’était pas désabusé par l’extrême gauche, perclus d’intérêts d’appareil politique et, de ce fait, incapable de s’unir sur un programme électoral commun autour d’un seul candidat.

Entre nous, il n’y avait pas de faux semblants. Il était naturel de s’interpeller sans que cela soit mal interprêté.

– C’est une utopie de plus, chez nous autres, qui part en fumée. Au fond de moi-même je doutais de la réunion de nos appareils (LO, LCR, PCF). Les intérêts étaient trop divers, nos histoires bien trop cristallisées. Laguiller fera 3%, Besancenot 4% et Buffet 3%. En même temps, et réunis, nous n’aurions pas fait 10% alors…

– Et toi, que vas-tu faire ?

– Il m’est impossible de soutenir Royal. Elle fait de la communication, du marketing, de la stratégie électorale mais elle ne fait pas de politique. Elle n’a ni système de pensée, ni ennemi et par conséquent encore moins d’ami, sa candidature est un décorum. Pourtant, divisés, nous lui ouvrons la voie de la victoire. Pour répondre précisément à ton interrogation, je soutiendrai Besancenot avec comme ambition de gauchir la campagne.

– Avec quels espoirs ? Si elle élue, elle vous écrasera comme Mitterrand a écrasé le parti communiste ?

– Elle n’y parviendra pas. Elle sera élue par défaut tout comme Sarkozy, s’il l’est. L’un comme l’autre sera seul, recroquevillé dans son fort Elysée, aux abois face à la rue qui n’en peut plus.

– A l’extrême gauche finalement vous êtes d’éternels optimistes, vous croyez à votre idéal révolutionnaire qui manque cruellement d’inspiration, sans doute par absence de philosophie. En quoi piller les « patrons » va-t-il améliorer les conditions des « travailleurs » ? Y croyez-vous seulement vous-même ? Je pense d’ailleurs, qu’aucun des candidats ne croit en ses paroles, ses promesses. Au fond d’eux-même ils ne savent pas pourquoi ils sont candidats.

– Toi, c’est à la politique que tu ne crois pas.

– Le parti politique, dans l’histoire de France, a toujours été celui qui visait à renverser l’Etat, donc à affaiblir le pays, la nation. Aujourd’hui, vous êtes nombreux sur la bête ! Votre Ligue, votre Fronde c’est la révolution ou encore la rupture… 


Voyage autour de la présidentielle (1)

décembre 24, 2006

Prologue à l’internaute

Il y a plusieurs façons de suivre la campagne à l’élection présidentielle. L’une d’elle consiste à échanger entre électeurs (tour à tour se montrant partisan, militant, simple électeur) où chacun fourbit ses arguments en faveur de son « poulain ».

Avant de retrouver les six bons amis (narrateur compris) de ce voyage, le plus souvent dans leur estaminet établit en quartier général, faisons les présentations rapides.

Stéphane est un militant d’extrême gauche. Il grandit dans une famille bourgeoise attachée à sa condition matérielle et dépourvue de toute conception spirituelle de l’existence. A l’université, il côtoya un groupe d’anarchistes, des « redskins ». Peu enclin au coup de poing, davantage attiré par des repères idéologiques, il s’en éloigna pour rejoindre la ligue communiste révolutionnaire par l’entremise d’une copine déjà engagée. Aujourd’hui, Stéphane est un travailleur social, s’investit dans diverses actions « humanitaires », espérait un candidat unique de la gauche anti-libérale, pour finalement se rabattre sur le candidat de la LCR, Olivier Besancenot. C’est un ami d’enfance du narrateur.

Rachel est une traumatisée du « 21 avril ». « Plus jamais ça » est son crédo en forme de cri de ralliement et d’argument ultime. Adhérente au Parti socialiste, elle participe aux activités de sa section par devoir. Elle croit à tous les détails et vieilles lunes susceptibles d’éviter un nouveau « 21 avril » : inscription sur les listes électorales, choix de la candidate qui a le plus de chance de l’emporter selon les sondages, la reconquête de l’électorat populaire etc. C’est une cousine du narrateur.

Quitterie est une fan de François Bayrou. Choisir n’étant pas son fort surtout quant le choix n’en est pas un, elle trouve le système de « ni-ni » du candidat centriste apaisant et rassurant. Faites l’amour pas la guerre serait une formule qui résume  assez bien son aspiration à la démocratie chrétienne. C’est une amie d’une amie du narrateur.

Olivier est un tout nouvel adhérent de l’Ump. Le jour où il vit Nicolas Sarkozy à une émission télévisuelle, il sut que c’était lui. Entrons de plain-pied dans ce monde où l’économie est reine, soulageons-nous de ce que nous pensons en le disant et cela ira mieux. Le volontarisme c’est son truc! C’est un ami de banc d’université du narrateur.

Rémi est un électeur du Front national. Exaspéré par les injustices, fatigué des oukases bien-pensantes, sceptique à l’égard du système institutionnel, il attend une rupture de fait. C’est un ami qui a pratiqué le rugby de clocher avec le narrateur.

Enfin, il y a le narrateur lui-même. Il ne croit pas en la démocratie, doute de la République, qui sont de véritables méprises philosophiques. Mais le jeu électoral l’amuse tout comme il se plaît à suivre une rencontre sportive.

Et maintenant, tout au long de la présidentielle, retrouvons ces six personnages.