Sarkozy : Démissionnera ou démissionnera pas ?

janvier 27, 2007

La rumeur enfle. Certains acteurs en viennent presque aux mains au Sénat. Le climat se tend autour de la question du ministre-candidat-Sarkozy. Peut-il cumuler les deux casquettes ?

Pour les uns (camp Royal) cela pose le problème de l’impartialité de l’Etat et au-delà de l’utilisation des moyens de l’Etat pour faire campagne. Evidemment, avec l’enquête des RG sur un proche de Royal, la question est mise en exergue et surtout offre une opportunité de déstabiliser Sarkozy et pourquoi pas de provoquer sa démission. Etape ultime dont le résultat serait catastrophique pour l’un et tout bénéfique pour l’autre. L’accusation de prévarication et de haute barbouzerie serait du plus mauvais effet aux yeux de l’opinion.

Pour les autres (camp Sarkozy), pris dans le maelström médiatique, l’affaire se corse. Ils ont beau nier, allumer des contre-feu, ironiser, le mal est fait puisque les médias ont leur simili scandale source d’audience. Toute la question est désormais de savoir si cela va durer, au risque d’anéantir les bons points du début de campagne dont une partie est déjà consommée.

Cela dit, la démission n’est pas une réponse envisageable. Elle serait assimilée à une démission pour faute, véritable aveu aux conséquences lourdes pour Sarkozy. Il devrait donc faire le gros dos afin que l’affaire se tasse. En revanche, l’orage passé et après avoir senti le vent du boulet passer près, son départ sera l’objet, à n’en pas douter, d’une prochaine réunion de la direction de campagne afin de l’envisager plus rapidement que prévu et en faire un événement positif, en tout cas perçu comme tel par l’opinion.

Une chose est sûre, la campagne ne démarre pas sous les meilleurs auspices. A défaut d’un débat projet contre projet, nous assistons à un échange de coups bas. Le danger pour les deux principaux candidats est de provoquer l’éparpillement de leurs électeurs et d’affaiblir très sérieusement leur résultat au premier tour aux conséquences surprenantes…


Voyage autour de la présidentielle (10)

janvier 24, 2007

Quitterie est euphorique, que dis-je toute l’Udf est euphorique. Bayrou, sondages après sondages, grapille petit à petit des intentions de vote. Il est vrai qu’il tient un langage rassurant « il n’est pas raisonnable de tout promettre aux Français » par opposition au slogan sarkozyste « ensemble, tout devient possible ».

J’ai la faiblesse de penser que les Français sont à la fois pas dupes de la démagogie sarkozyste et reconnaissant à ceux qui leur parlent en toute franchise des vrais problèmes, en particulier sur le plan politique.

Au passage, et un sondage le confirme, ce slogan « ensemble, tout devient possible » est indigne de la politique, inquiétant tellement il relève de la publicité à la mode Carrefour, souvenez-vous : « Avec Carrefour je positive ». Une savonnette et un candidat à une élection ne sont pas identiques à l’inverse de ce que pense les communicants.

Revenons à Quitterie. En cette matinée neigeuse, elle est aux anges, des ailes lui poussent dans cette campagne s’il en était seulement besoin. Je dois reconnaître qu’elle est la première, des mes partisans que je sonde régulièrement dans ce Voyage, à afficher une telle mine réjouie. Serait-ce un signe ? La mayonnaise Bayrou commencerait-elle à prendre ?

Tandis que tous les candidats, quel qu’ils soient, avaient comme principe de base de ne jamais s’en prendre aux médias, lui a osé. Du coup, les médias eux-même, en ont fait une tartine se croyant immunisés. Au contraire, tout comme la justice, les médias en France suscitent beaucoup de scepticisme et son propos semble bénéficier d’un véritable écho dans l’opinion. D’ailleurs, on perçoit de l’agacement chez les journalistes politiques ces derniers temps quand il est question de Bayrou.

– Les Français sont en train d’en revenir de la bécassine socialiste et du big Jim Ump, me lance-t-elle.

– A-t-il seulement les moyens de tenir sur la durée ?

– Et les autres ? C’est d’ailleurs une des clés du scrutin cette capacité à battre la campagne pendant les trois mois qui nous sépare du premier tour. De cette « battue » les Français, j’en suis sûre, sauront distinguer le bon grain de l’ivraie.

– N’est-il pas un peu seul Bayrou justement pour tenir le rythme ?

– Crois-tu seulement en disant cela que les autres candidats sraient mieux entourés. Pas un soutien à forte notoriété à la candidate Ps comme à celui de l’Ump qui ne croit ou n’espère la réussite de leur poulain.

– C’est exagéré ce que tu dis là ! Tu négliges l’attrait qu’exerce les prébendes, dorures et autres vétilles du pouvoir sur ce petit monde.

– Je te rétorque aussi que tous occupés à se placer pour la suite, ils vont passer un certain temps à se débiner dans les entourages au lieu de faire campagne, laissant sur ce terrain leur candidat bien seul.

Quand nous nous quittons une éclaircie perce dans le ciel parisien, est-elle annonciatrice du printemps de Bayrou ?


Vote (in)utile or not vote (in)utile

janvier 17, 2007

Et si le 21 avril 2002 avait modifié le clivage traditionnel droite-gauche ?

En étant présent au second tour de la présidentielle en 2002, Le Pen n’aurait-il pas, à son corps défendant, fait apparaître un nouveau clivage dans le paysage politique français ?

En effet, il y aurait d’un côté le PS et l’UMP représentés par Royal et Sarkozy, d’une certaine manière les candidats du système et de l’autre côté, tous les autres candidats Le Pen, Villiers, Bayrou, Buffet, Laguiller, Besancenot contestant les deux premiers et se présentant comme les candidats opposés au système. D’où leur même angle à tous de campagne sur le favoritisme des médias (devenus les symboles du système) à l’égard de Royal et de Sarkozy. Tout comme Bayrou avait trouvé l’idée du troisième homme en 2002 n’a-t-il pas inventé cette fois-ci les anti-ségosarko ?

Ce nouveau clivage modifie du même coup la nature de la campagne présidentielle : l’enjeu essentiel devenant le premier tour et non plus, surtout pour le PS et l’UMP, le second. Et d’ailleurs, Sarkozy et Royal n’auraient-ils pas déjà anticipé cette évolution en faisant tout dans leur campagne pour éviter de finir derrière Le Pen ou un autre candidat, le fameux troisième homme ?

Quant aux autres, ils font tous du plagiat de Le Pen, ils sont tous hostiles aux deux partis qui « ont trompé les Français depuis 30 ans » ces Français qui ont bien raison de « voter leur ras le bol ».

Pour les candidats du système ils ont 45% à se partager (les voix du « oui » au référendum sur la constitution européenne) et les autres ont à se répartir les 55% de « non ».

Dans ce schéma, par simple calcul mathématique, il est fort probable que Royal ou Sarkozy virent tous les deux en tête à l’issue du premier tour, encore que la campagne puisse nous surprendre… ce nouveau clivage aidant.


Voyage autour de la présidentielle (5)

décembre 29, 2006

L’inscription sur les listes électorales

Le feuilleton de cette fin d’année est l’inscription de nouveaux électeurs sur les listes électorales.

La part belle est faite aux inscriptions, sans doute très symboliques, dans les « cités ». Si pour les médias le sujet permet de mobiliser de l’audience pour leur événement de l’année, après la coupe du monde de football de l’année dernière, pour Stéphane, Rachel, Quitterie, Olivier et Rémi cela provoque des réactions en forme, le plus souvent, d’auto persuasion.

Pour Stéphane, tous ces jeunes de banlieues qui « affluent » vers les mairies, est la traduction d’un ras le bol social et d’une « étatphobie » qui produit de l’exclusion. Dans l’esprit de Stéphane, il ne fait pas de doute que ces nouveaux électeurs porteront des bulletins de gauche et, leur révolte est telle, que l’extrême gauche se taillera la part du lion.

Pour Rachel, ces chiffres sont une excellente nouvelle. Il est vrai que Rachel est persuadée de l’influence de Royal sur ces inscriptions, à la fois par sa campagne sur le terrain (largement médiatisée lors d’une virée d’un jour avec le chanteur Cali) et par l’espoir qu’elle suscite. Inconsciement, comme Stéphane, elle considère évident que ces nouveaux électeurs seront favorables à la gauche selon une mécanique classique et assez simple : ce sont les exclus de la droite – couleur de peau et chômage élevé – qui naturellement penchent vers la gauche beaucoup plus tolérante, juste, accueillante etc. conformément à leur pétition de vertu.

Pour Quitterie, qui intellectualise davantage cette démarche d’inscription, ces inscriptions sont un signe d’intérêt pour la politique et donc un premier pas vers la démocratie et l’intégration. Sa naïveté traduit une incompréhension envers ces citoyens d’un genre à part.

Pour Olivier, il s’agit d’une véritable manipulation médiatique qui sert les intérêts électoraux de Royal. Implicitement, comme pour Stéphane et Rachel, il suppose que ces nouveaux électeurs voteront à gauche. Cependant, sensible aux images montrant son leader en compagnie des jeunes beurs d’Argenteuil, Olivier croit en une frange électorale de ces quartiers, dits difficiles, soucieuse d’un retour à l’ordre.

Enfin, Rémi tient un raisonnement positif à base de réaction dont l’effet est provoqué par la « propagande médiatique ». Cette propagande crée un réflexe de survie dans l’électorat français qui va se mobiliser autour de Le Pen.  Par ailleurs, il est fort probable que parmi les inscrits, il y ait des français plus modestes qui espèrent être « secourus » de leurs ilôts de non droit.

Ces impressions sont riches d’enseignements sur la psychologie des sympathisants des différents candidats. Tout d’abord, pour Sarkozy et Royal, leurs apparitions médiatiques fonctionnent auprès de leur soutien qui se rassurent. Pour Besancenot et Le Pen le phénomène de rejet demeure leur principal moteur d’adhésion. Mais tous considèrent qu’il s’agit d’un événement de campagne car pas un n’émet l’hypothèse d’une forte abstention chez ces nouveaux inscits sur les listes électorales.

Cependant, la sérénité ne semble pas de mise chez les candidats eux-mêmes, qui se sont montrés, à ce jour, silencieux sur le sujet.


Les partisans du petit bonheur

octobre 23, 2006

La constitution française précise que les partis politiques concourent à l’expression du suffrage. Depuis les lois de financement des partis politiques la réciproque est aussi vraie : les suffrages concourent à l’existence des partis politiques.

Cette réciproque a son importance dès lors que se décide l’entrée en lice pour un parti d’un candidat à l’occasion de l’élection présidentielle. Rappelons que chaque voix en sa faveur, rapporte 1 euro 60 par an pendant 5 ans.

Cependant, si d’une certaine manière « voter finance les partis« , là ne réside pas toujours la seule motivation des partis à présenter son candidat. L’élection présidentielle est l’occasion pour les partis de bénéficier d’une véritable tribune médiatique pour se faire connaître dans la mesure où chaque candidat dispose d’un temps d’exposition médiatique équivalent.

Pour certains, une stratégie payante (au sens figuré) peut aussi être de ne pas présenter de candidat et négocier avec un autre parti une représentation au Parlement ou au sein d’un futur gouvernement.

Enfin, il y les « grands » partis qui, coûte que coûte, présentent un candidat qui fonde leur légitimité. Tout l’enjeu pour eux est de désigner ce candidat.

A partir de ces quatre « lois », il est possible de décrypter les stratégies choisies par les partis. Leur congrès qui se déroulent actuellement permet de mettre en scène leur position.

Prenons le cas du Parti Radical de Gauche. Ce parti qui compte 9 députés, tous « rattachés » au groupe socialiste de l’Assemblée nationale, a fait le choix ce week-end de ne pas présenter de candidat, préférant privilégier un accord avec le PS lors des législatives. Du coup, le PRG se fait en quelque sorte vassal du PS tout en se privant d’une présence médiatique importante. Cette même présence qui en 2002 avec Christiane Taubira lui permet aujourd’hui de négocier avec le PS. Qu’en sera-t-il dans cinq ans ?

Du côté du PCF, Marie-Georges Buffet réalise un véritable numéro d’équilibriste durant le week-end : Faire exister le PCF par une candidature (l’absence de candidat signifierait sa perte, déjà bien engagée avec ses 3,5% de 2002) et préserver les parlementaires du parti que seul un accord avec le PS pourrait permettre. D’où cette incompréhensible position qui consiste à dénoncer la vision social-libérale du PS pour occuper la gauche de la gauche tout en se montrant prêt à gouverner avec le PS s’il le faut pour sauver la vingtaine de députés PCF… C’est la mort dans l’urne annoncée !

Et ainsi de suite. Pour Lutte ouvrière et la Ligue communiste révolutionnaire pas question de se priver de la manne financière et de la tribune médiatique. Pour l’UDF, d’abord les finances et la tribune ensuite il sera toujours temps de négocier avec l’UMP…
 


D’un coup de Baguet

octobre 11, 2006

Il y a le rat des villes et le rat des champs, il existe aussi le Baguet de l’Ump et le Baguet de l’Udf ou encore le Baguet électoral et le Baguet élu.

Pour mémoire, Pierre-Christophe Baguet était en 2002 candidat Ump à un moment où l’Udf n’était pas certaine de constituer un groupe à l’Assemblée nationale (minimum requis, une vingtaine de députés). Pourtant aussitôt élu et certain que le groupe Udf fût créé, il en rejoint les rangs.

Aujourd’hui, il fait le chemin inverse. Les élections législatives approchant à grands pas, il annonce son soutien à Nicolas Sarkozy le probable (encore que la question fasse débat) candidat du parti ennemi, l’Ump. Il est ainsi assuré de ne pas avoir de candidat Ump contre lui voire de disposer de l’investiture Ump pour ces prochaines élections. Derechef il est exclu de l’Udf, quant à l’Ump, bonne fille ou fille facile, elle ouvre grand ses bras pour accueillir le retour du député prodigue.

Morale de l’histoire : les candidats s’engagent derrière ceux qui les reçoivent!